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Gentil programmateur de festival cherche réalisatrice comme escorte!

par Martyne Pigeon
Visioné: 2418 fois depuis le 24 Avril 2006 / Longeur: 1980 mots

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Aujourd'hui, je n'écrirai pas sur l'actualité télévisée, ni sur l'ouverture d'un quelconque festival. Mes très chers lecteurs, dans cette homélie sulfureuse, je sais que je passerai aux yeux de certains pour une artiste frustrée, incomprise et chauvine parce que la situation que je décrirai dans les prochaines lignes en est une que j'ai vécue personnellement à deux reprises. Toutefois, je vous demande humblement de regarder au-delà de l'expérience personnelle, des mots et du papier. Je vous demande de regarder dans votre propre moralité, dans votre propre identité d'être humain avec un « h » majuscule.


Il y a quelques mois, comme plusieurs autres cinéastes de la relève au Québec, j'ai envoyé un de mes films dans un festival fantastique au Québec, diffusant des œuvres de réalisateurs semi-professionnels. Un festival créé par de jeunes cinéastes amateurs qui ont réussi à percer dans le milieu grâce à une émission débridée sans grands moyens techniques, diffusée sur les ondes d'une télévision publique. Mon œuvre, probablement tout comme celles de biens d'autres jeunes réalisateurs, fut refusée. Jusque là, il n'y a rien de bien dramatique à un refus. Toutefois, les raisons évoquées ainsi que les « petites conditions » suggérées afin qu'une de mes futures œuvres soit acceptée les années subséquentes sont tout bonnement malhonnêtes et inqualifiables! Je tairai le nom des fondateurs ainsi que le nom de ce festival car je ne veux pas leur faire plus de presse qu'ils n'en méritent; et Dieu sait à quel point ils ne méritent pas le succès qu'ils connaissent depuis près de dix ans!

La genèse de mon histoire : et la cinéaste envoya une première demande… l'an dernier!

Je m'explique : à deux reprises j'ai jadis envoyé mes œuvres à ce festival. Une année, j'en ai envoyé trois du coup, ne sachant pas trop comment fonctionne la sélection dans un festival au Québec. Une petite erreur de novice, car il semblerait qu'il ne faut vraiment pas envoyer plus de deux œuvres dans le même festival, toutefois sans grandes conséquences sur le déroulement des événements. Alors qu'un des organisateurs me contacta à l'époque pour me transmettre le verdict, j'eus la mauvaise surprise d'entendre des raisons rétrogrades, arriérées et sexistes!

Femmes cinéastes et films d'horreur :
pas un bon mélange, à moins que...

Les premières raisons du refus étaient logiques, d'ordre esthétique et technique principalement. Des raisons de longueur ont été à l'époque évoquées pour le cas d'un de mes films qui faisait près de 28 minutes et j'ai pris ces commentaires de façon fort constructive. Par contre, alors que ma conversation téléphonique s'achevait le responsable m'aborda sur un tout autre point : il semblerait qu'une femme qui réalise des films d'horreurs fasse de la moins bonne ouvrage qu'un homme pour la plupart du temps. De plus, on prend note que mon conjoint, qui avait à ce moment-là envoyé deux de ses œuvres au festival, est lui aussi réalisateur et que ce détail ne semble pas faire l'affaire du comité de jury mis en place. « Cela pourrait donner une idée de cartel aux autres participants » me dit-on. De plus, on donne une priorité aux cinéastes de la région immédiate et non à ceux de toute la province. « On tente d'éviter la clique du Plateau » me sort le coureur des bois frustré. Première fois que j'entends cette expression, désormais popularisée par l'animateur radio Jeff Filion, qui doit probablement être le philosophe, psychologue, grand sage et politicien favori de tout ce « beau petit monde » de fond de brousse. Toutefois, on me propose en catimini d'assister au festival afin de rencontrer des « gens intéressants » et de voir dans quelle mesure je pourrais participer à la scénarisation et au tournage de courts-métrages policiers dans le style meurtres et mystères, qui seraient diffusés dans une salle de la région. Proposition intéressante à première réflexion qui, après analyse du sous-texte et de toutes les petites modulations mielleuses de la voix de mon interlocuteur devient tout à fait dégradante, pour ne pas dire dégueulasse! Décidément, le programmateur improvisé se fous de savoir si je suis une bonne réalisatrice, il veut savoir si je suis « bonne », comme diraient nos cousins français… Pas besoin de photo pour valider les caractéristiques physiques recherchées chez la belle cinéaste et escorte de soirées d'ouverture : pour les réalisateurs résidant dans la toundra, n'importe quelle « pitoune » est la candidate idéale pour remplacer un chevreuil ou la chèvre de Monsieur Séguin!

J'ai remercié poliment l'organisateur en jouant la blonde innocente qui ne comprend pas les sous-entendus du "gentil monsieur" et je raccrochai très vite, prise d'une envie incontrôlable de me laver les oreilles au Ajax! Alors que j'essayais de reprendre mes sens, je ne cessais de me demander si ce que je venais d'entendre s'était bel et bien produit et si je venais, oui ou non, de subir les avances d'un programmateur véreux… et probablement couvert de verrues ou d'herpès corporelle… Beurk!

Deux fois en deux
Est-ce qu'il existe un terme pour cela au golf?

Cet événement m'a tant ébranlée que je décidai dès lors d'œuvrer sous un nom d'artiste : Shamane. Cette année, j'envoyai encore une fois mon dernier film d'horreur dans plusieurs festivals québécois et américains, geste devenu un réflexe quasi-névrotique chez moi. Sans trop me pencher sur l'incident de l'année précédente, j'ai quand même envoyé mon film à ce festival, me disant que de toute façon, étant donné que j'oeuvre désormais sous pseudonyme, il serait beaucoup plus difficile aux membres du jury de savoir s'il s'agit d'une œuvre réalisée par une femme ou un homme. En effet, il leur fallut beaucoup de temps à me contacter afin de me transmettre le verdict. C'est par un beau Vendredi Saint passé blottie contre l'homme de ma vie que je reçus le coup de fil fatidique. Je reconnais automatiquement la voix de mon interlocuteur. « Ah! Non! Pas le même programmateur que l'an dernier! » pensai-je, les oreilles encore traumatisées par les petites propositions indécentes du printemps 2005. L'autre semble aussi hésiter, se dire qu'il a déjà entendu cette voix de femme quelque part. Après tout, dans le bois, on n'entend pas souvent de belles voix féminines; il devient donc plus aisé de se souvenir du peu de contacts qu'on a avec cette fleur rare et sauvage! On demande Shamane. Ça tombe bien, c'est moi! L'homme est visiblement mal à l'aise. Il dit chercher ses papiers et farfouille sur un bureau qui sonne très à l'envers à mes oreilles. Décidément, il n'a pas de secrétaire celui-là. Alors qu'il cherche, très mal à l'aise, il m'avoue que finalement mon film n'est pas retenu. Il y avait des éléments très intéressants, le film est très bon en général mais… Bon, il hésite, se construit un mensonge rapide car son premier verdict n'était vraisemblablement pas la nouvelle qu'il vient de m'annoncer. Ça y est! Il a trouvé! Les acteurs ne sont pas bons, le son laissait à désirer et la fin n'est pas au goût du jury. Cette fois-ci, je réplique poliment mais assez percutante. « Vous avez regardé mon générique jusqu'à la fin? Alors vous n'êtes pas sans savoir que les acteurs sont tous des professionnels du milieu monsieur! » Et vlan! Dans les dents! C'est faux, bien entendu car bien que plusieurs acteurs de grand talent jouaient dans mon petit film, au moins deux d'entre eux ne faisaient pas partie d'une agence de casting, mais l'occasion est trop belle pour ne pas bluffer. Le gars bafouille, mâche ses mots et c'est d'autant plus difficile de le comprendre alors que son accent de « trappeur » prend le dessus sur sa nervosité. Il a mordu, je le savais, il n'a jamais regardé le générique de fin. Méchante moi, je ne devrais pas juger l'inculte car j'ai le même problème que le monsieur atteint de déficience d'attention aigüe. Toutefois, contrairement à l'homme, j'ai la décence de respecter l'oeuvre des autres et de ne pas m'avancer sur un terrain que je ne connais pas.

Il finit par m'inviter au festival, me dire que je devrais faire connaissance avec les gens du festival SPASM et du festival de Tourville. Qu'il aimerait bien me rencontrer et échanger avec moi, qu'ensuite ça serait plus facile, si j'avais un DVD de le passer à d'autres de ses contacts afin d'obtenir la visibilité convoitée… Je devrais aussi m'inscrire au Kinö de Québec afin de prendre de l'expérience aussi. En d'autres mots, il me dit de me faire connaître de sa clique et de lui prouver que ça pourrait éventuellement "cliquer" entre lui et moi. Comble d'insulte le bon programmateur m'annonce que j'aurais visiblement besoin d'un bon cours à l'École de Cinéma et de Télévision de Québec, cours que je possède déjà en fait! En effet, j'ai deux diplômes de Cinécours, la défunte version de l'ECTQ. Bref, avec de bons contacts et si je suis une bonne petite "pitoune de party", je pourrais peut-être avoir le privilège de voir un de mes films en sélection officielle du festival l'an prochain, et Monsieur le programmateur est mon sauveur tout désigné : je ne le connais pas mais il est un pro, lui! Pauvre gars, il est peut-être, je dis bien peut-être, tombé sur une "pitoune de bingo" avec moi mais certainement pas de party! Je dois vous avouer que je suis une fétichiste de la case O69… Mais, je n'y joue qu'avec mon mari!

La vengeance est douce au coeur de l'indienne... Oups! Irlando-Québécoise de Matane!

Que dois-je faire? M'agenouiller en bonne Marie-Madeleine, baisser sa braguette et l'oindre de mes huiles salivaires, afin d'accéder au "Jet set" du très amateur mais prisé « club sélect » du film fantastique semi-pro du Québec, ou carrément dénoncer ce type de situation en l'envoyant "péter dans les fleurs"? Entre les deux, mon coeur tanguait comme un catamaran en haute mer et vous pouvez vous imaginer de quel côté le vent entraînait ma voile! Qu'à cela ne tienne, on ne brûle jamais un contact, aussi machiste soit-il et j'ai choisi de rester polie avec le monsieur phallocrate tout en dénonçant autrement ce type de situations. Comme la vengeance est un plat qui se mange froid et que l'homme m'avait servi tous les ingrédients pour lui concocter une taboulé passé date, je me suis dit que cette rubrique devrait donc servir au public qui aurait subi une discrimination du même genre et j'ai décidé de crier haut et fort cette injustice monumentale. Ce n'est pas en rapport avec mon œuvre. Celle-ci a des points forts ainsi que bien des points faibles et je n'ai pas la prétention ni l'ego de me mesurer à Lucio Fulci. Toutefois, je crois sincèrement qu'aucun être humain, homme ou femme, n'a le droit de porter un discours comme celui-ci. Je ne crois pas non plus être la seule à vivre ces événements. Plusieurs femmes ont probablement senti à un moment ou à un autre que leur carrière pourrait faire un bon de géant si celles-ci acceptaient d'aller prendre un verre avec les bonnes personnes du milieu ou d'aller dans un « after-hours » avec le gentil régisseur ou le charmant producteur. Mesdames, je respecte votre choix si vous avez accepté de jouer la « game », par contre, j'aimerais qu'en retour vous portiez un regard sur ce que vous avez accepté de faire ou de subir afin de faire avancer votre carrière. Nous sommes en 2006 et je ne crois pas que ces gestes devraient continuer. Je crois qu'aucune femme ne devrait endurer ou même avoir à écouter ce genre de propos aujourd'hui. En étant semi-professionnels, nous ne sommes pas protégés par une quelconque guilde, union ou syndicat. Femmes, gais ou minorités visibles, nous sommes à la merci de ces prédateurs attardés qui pullulent au sein de la micro-industrie cinématographique. Mais, ne vous détrompez pas! Il y en a probablement aussi au sein de l'industrie professionnelle. (pour lire la suite : www.frogradiomtl.com)

Shamane est une jeune réalisatrice de films de 26 ans. Elle possède un DEC en arts et lettres, concentration cinéma du Cégep de Saint-Jérôme, a étudié pendant trois ans à l'Université Concordia (Bachelor Fine Arts – Films Studies), possède deux diplômes de l'école privé Cinécours (Réalisation junior et senior), un AEC en Infographie Web ainsi qu'une attestation de cours de Gestion de carrière artistique avec Emploi-Québec. Shamane a fondé en 2006 sa propre compagnie de productions, d'édition et de graphisme Web, Shamane Médias, elle est membre du Kino de Québec et membre de l'Association Culture-Elle pour un cinéma sans censure au Québec. Shamane est aussi cofondatrice de l'événement « Trip @ 4 – Édition 2005 » au profit de fondations pour enfants dans le monde. En 2005 et 2006, Shamane a vu plusieurs de ses œuvres présentées en sélection officielle de festivals Américains (Etats-Unis). Pour de plus amples informations, visitez le www.shamanemedias.com

Source: http://www.contenulibre.com/10-culture

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